Séjour spirituel au Mont Koya

japon koyasan mont koya

Le Mont Koya, ou Koyasan, est une destination dont nous avions beaucoup entendu parler. Elle fait généralement partie des circuits touristiques conseillés, mais pour une raison obscure nous n’y étions encore jamais allés avant notre voyage de 2015. Ce fut ainsi l’occasion de se faire notre propre opinion sur ce lieu !

Koyasan fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO, et est surtout connu pour abriter le temple principal de l’école Shingon dans la religion bouddhiste. Le temple d’origine, le Kongobuji, a été fondé en 816 par le moine Kukai, aussi appelé Kobo Daishi. A présent, on trouve plus d’une centaine de temples dans le village, nombreux proposant l’hébergement aux pélerins (ahem, touristes). La nuit au temple, ou shukubo, est d’ailleurs l’un des attraits particuliers de l’endroit. Cela permet de goûter à la nourriture traditionnelle végétarienne des moines (shojin-ryori), et d’assister aux prières du matin.

L’endroit a beau être très touristique, prévoyez un bon temps de trajet pour y aller et en revenir ! Depuis Osaka (gare de Namba ou Shin-Imamiya), Il vous faudra environ 1h30-1h45 de train et de funiculaire pour rejoindre la gare de Koyasan via la ligne Nankai, et de là il vous faudra encore prendre un bus pour accéder au village (une portion de la route étant interdite aux piétons, il n’y a pas le choix). Il existe un ticket combiné, le Koyasan World Heritage Ticket, vendu par la Nankai, qui inclut l’aller-retour en train et funiculaire, un accès illimité aux bus à Koyasan, et des réductions pour certaines visites et boutiques de souvenirs. Evidemment, vous devrez payer un supplément si vous souhaitez prendre le Limited Express, mais son seul réel avantage est de vous permettre de regarder le paysage (contrairement aux trains normaux où on est toujours dos à la fenêtre), le gain de temps n’est pas faramineux.

Sinon il y a toujours la possibilité de s’y rendre en voiture si vous en avez une, ou à pied, via un sentier de 22km, si vous êtes très motivés.

Je ne sais pas si c’est l’approche des JO de 2020 ou le fait que l’endroit soit touristique, mais nous avons encore été surpris par le nombre de gens qui nous parlaient spontanément en anglais. Dès notre descente du funiculaire, quelqu’un s’approche de nous (comment ça on a pas une tête de japonais ? ^^) pour nous demander où nous allions et nous indiquer quel bus prendre et à quel arrêt descendre… le tout dans un très bon anglais !

Nous irons prendre notre chambre au temple où nous avons réservé, Ichijo-in. A l’approche de la Golden Week, même si nous nous y étions pris en avance, nous n’avions pas eu beaucoup de choix, mais ce temple faisait partie des mieux classés sur Japanican. Clairement, nous n’avons pas été déçus de notre choix ! Les moines étaient très accueillants, et parlaient tous plus ou moins bien anglais (ce qui est toujours sympa pour expliquer le repas). Le temple était absolument magnifique, en particulier le jardin intérieur devant lequel nous passions pour rejoindre les chambres. Notre chambre était la plus bas de gamme, pas de WC ni de salle de bains, tout se trouvait à l’extérieur. Pas forcément à conseiller en plein hiver, car il doit faire particulièrement froid dans les couloirs ! Mais sinon nous en étions tout à fait satisfaits, une jolie chambre traditionnelle avec un kotatsu fort agréable ! (Même s’il faisait très chaud à Osaka, l’altitude nous avait fait perdre pas mal de degrés !) Un moine nous explique alors les règles du temple, nous devons êtres rentrés à 17h30 pour le dîner, les bains ne sont ouverts que le soir, et pour le matin la prière a lieu à 6h (mais même si on ne souhaite pas y aller il faut se lever avant 6h30 pour que les moines viennent faire la chambre et apporter le petit déjeuner).

Comme nous avons un peu de temps avant le dîner, nous décidons de visiter le temple Kongobuji, qui est donc le siège de la secte bouddhiste Shingon et se trouve non loin du temple où nous logeons.

Originellement, “Kongobuji” désigne la totalité du site de Koyasan, y compris tous les temples annexes. Mais quand on visite Koyasan, ce terme désigne plus simplement le temple principal du lieu. L’endroit a subit plusieurs reconstructions et ajouts, et les plus anciens bâtiments visitables datent alors de 1593. On visite toujours beaucoup de temples au Japon, mais celui là reste certainement l’un de mes préférés, même s’il y avait du monde. L’intérieur est très joli, beaucoup de salles étant ornées de fresques murales magnifiques ; et à l’extérieur se trouve le jardin de pierre Banrytei, le plus grand jardin de pierre du Japon (2340 mètres carrés). A côté de ce jardin, dans une annexe plus récente du temple, on sert également aux visiteurs une tasse de thé accompagnée de petits gâteaux. L’occasion de faire un break dans une ambiance zen ! 

Comme très souvent, les photos étaient interdites à l’intérieur du temple, mais je peux vous montrer le jardin de pierre ainsi que l’extérieur des bâtiments. Sinon, je vous conseille également de vous rendre sur le site officiel de Koyasan (disponible en français) pour plus de photos.

Nous regagnons ensuite notre temple, car il va être l’heure de dîner (oui, à 17h30, c’est comme ça chez les moines). Le repas nous est apporté directement dans notre chambre, et est constitué de plein de petits plats, comme toujours au Japon. Il s’agit ici de cuisine traditionnelle végétarienne, à base principalement de tofu et de fruits et légumes de saison. La cuisine shojin-ryori ne comporte ainsi aucune trace de viande, poisson ou produit laitier. Peu fans de tofu, nous étions un peu dubitatifs, mais nous étions avant tout là pour découvrir ! En tout cas, la présentation du dîner est superbe !

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A cela s’ajoutera une assiette de tempura de légumes, et du riz, bien évidemment. Les quantités étaient un peu justes pour l’estomac de Mathieu, mais pour moi ça ne posait pas de problème (de toutes façons, le riz, ça cale). Je n’ai pas été fan de tout ce qui nous a été servi, mais j’ai fait une bonne découverte ! Sur la photo, sur le plateau de droite, la petite assiette en bas à gauche contient un petit cube de tofu moelleux avec une sauce au sésame… et ben j’ai trouvé ça absolument délicieux !

Après le dîner, c’est l’heure d’aller tester les bains communs. Rien de spécial à dire, en plus ils étaient blindés de monde côté filles, ce qui ajouté à la vapeur rendait l’atmosphère plutôt irrespirable à mon goût. Je me suis douchée en vitesse et suis repartie aussi vite que je suis venue. J’en ai également profité pour prendre d’autres photos du temple, où on y voit le jardin de nuit et quelques salles accessibles au public.

Les moines ayant installé nos futons après le dîner, on peut alors se coucher tranquillement. L’ambiance est très calme (enfin ça, ça dépend des voisins dans ce genre de logement), et les futons assez épais pour être confortables. Forcément, il faudra se lever avant 6h, ce qui n’est pas vraiment quelque chose dont j’ai l’habitude, mais c’est pour la bonne cause !

Nous nous rendons alors dans la salle principale du temple, là où ont lieu les cérémonies. On doit bien être une vingtaine de personnes à loger sur place et à assister aux prières ce matin-là. Des chaises sont à notre disposition, et on nous remet également le texte d’un sutra, qui sera chanté à la fin. Evidemment, on ne sait pas vraiment ce qui se passe… Mais je n’ai pas eu l’impression de m’ennuyer. On écoute sagement les moines chanter pendant une heure, les sons sont finalement assez envoutants (peut-être aussi parce que je venais de me réveiller). Chaque personne va également à son tour déposer un peu de cendres sur un petit autel (ça a sûrement un autre nom mais dans ma tête ça fait du sens) au centre de la salle, devant les moines. (Moment d’ailleurs assez stressant en tant qu’étrangers d’une autre religion, car on n’a aucune idée de ce qu’on fait et on s’efforce d’imiter au mieux les actions des japonais passés avant nous) A la fin, toute l’assemblée chantera le sutra qui nous a été distribué au début. Comme il y a la prononciation des kanji en katakana, on pourra également suivre ce qui se passe, à défaut de comprendre ! Nous sommes ensuite autorisés à faire le tour de la salle principale, ces salles qui sont généralement fermées au public lorsque l’on visite un temple. De nombreuses idoles et dorures ornent la salle, c’est superbe et l’atmosphère est très solennelle.

De retour à notre chambre, le petit déjeuner nous sera servi très rapidement. Encore du tofu, malheureusement pas celui super bon de la veille^^. De toutes façons j’ai beaucoup de mal avec les petit déjeuners japonais, et celui là n’a pas fait vraiment exception. Heureusement, depuis que j’ai découvert qu’en fait une umeboshi dans du riz c’était super bon, ça me permet de manger à ma faim !

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Nous pourrons laisser nos bagages avec les moines à l’entrée du temple afin de pouvoir continuer à explorer Koyasan ce matin. Direction tout d’abord Okunoin !

Okunoin est le site du mausolée de Kobo Daishi, le fondateur de la secte Shingon à Koyasan. C’est un lieu de pélerinage très célèbre au Japon, et l’un des endroits les plus sacrés. Il existe deux chemins pour s’y rendre, le chemin traditionnel qui passe à travers la forêt, et un chemin plus moderne et plus court qui part de l’arrêt de bus. Dans tous les cas, on traverse l’immense cimetière qui entoure le temple. Nous avons décidé de commencer par prendre le bus jusqu’au départ du chemin moderne, et d’emprunter le chemin traditionnel au retour. Ce chemin est plutôt court, et débouche dans la forêt pour rejoindre la fin du sentier traditionnel. Sur la route, de nombreuses sépultures plutôt récentes, des statuettes et des temples.

On arrive ensuite au pont Gobyonohashi, qui marque l’entrée dans le lieu le plus sacré d’Okunoin. Au delà de ce pont, photos, boissons et nourriture sont interdits. Les visiteurs sont censés s’incliner devant Kobo Daishi avant de traverser, et bien évidemment faire preuve de respect et de recueillement durant le reste de leur visite.

Une fois le pont traversé, il y a deux bâtiments principaux à voir. Le Torodo, ou “pavillon des lanternes”, qui comme son nom l’indique abrite des milliers de lanternes. Celles-ci sont maintenues allumées en permanence, et il paraît que certaines brûleraient depuis plus de 900 ans. Derrière le Torodo, on trouve ensuite le mausolée de Kobo Daishi, lieu où il serait entré dans une méditation éternelle. Même s’il y a un peu de monde, l’atmosphère du lieu est très solennelle, le silence uniquement brisé par les chants des gens venus se recueillir.

Nous repartons ensuite en sens inverse, en nous arrêtant rapidement juste avant de retraverser le pont. A cet endroit se trouve une petite cabane de bois (de la taille d’une cabine téléphonique environ) dans laquelle on trouve la pierre de Miroku. Le but est de soulever la pierre d’une main, celle-ci aparaîssant supposément plus légère aux bonnes personnes qu’aux mauvaises.

Une fois cette pierre soulevée avec difficulté (personne ne m’avait prévenue qu’il fallait des biceps pour être une bonne personne), nous partons alors en direction de l’ancien chemin. Il y a tout de suite beaucoup moins de monde, nous sommes entourés de pins immenses et de vieilles sépultures de pierre, c’est une atmosphère silencieuse toute particulière… le genre de calme que je ne retrouve qu’au Japon, l’impression finalement d’être un peu dans un autre monde le temps d’une balade. D’autant qu’on ne croisera presque personne sur ce trajet. (soit les gens n’aiment pas marcher, soit ils aiment s’entasser avec les autres, choisissez votre théorie)

Le chemin nous permettra de rejoindre la route principale du village. De là, nous décidons de ne pas reprendre le bus, mais de parcourir tranquillement la route à pied. C’est vraiment rigolo, on peut voir à la fois les derniers cerisiers en fleurs de l’année, et à côté de ça certains arbres ont des couleurs qui rappellent l’automne… On retourne ensuite du côté du Kongobuji où nous étions hier, pour nous rendre au Garan : l’un des premiers complexes de temples bâtis ici par Kobo Daishi. On y trouve plusieurs temples, dont les deux principaux sont le Kondo, un grand pavillon de bois où ont lieu les cérémonies ; et l’imposante pagode rouge et blanche Konpon Daito.

On continuera ensuite la route jusqu’à la porte Daimon, qui marque l’entrée à Koyasan. De là partent plusieurs sentiers de pélerinage, dont le Choishi Michi, qui fut pendant longtemps le chemin d’accès principal à Koyasan.

Nous sommes alors en début d’après-midi, et décidons de retourner chercher nos bagages au temple pour entreprendre le chemin du retour vers Kyoto, notre point de départ pour les jours suivants. Au vu du monde qui s’entassait dans le funiculaire à notre arrivée, nous décidons de déjeuner tranquillement dans un petit café juste à côté de la gare, où j’ai pu re-déguster un très bon goma-dofu, le tofu au sésame du dîner !

Le trajet retour fut encore bien long, mais heureusement nous avons pu avoir des places assises et nous adonner à l’une des activités traditionnelles des voyages en train au Japon : la sieste !

Il est temps de conclure ce long article. On peut certainement reprocher à Koyasan un côté trop touristique, en même temps est-ce qu’on peut vraiment en vouloir aux moines de profiter de la renommée du lieu…? En soi, j’ai bien plus souffert de l’aspect touristique d’autres endroits au Japon, alors qu’ici ça ne m’a finalement pas trop affectée. Certes, il y avait parfois beaucoup de monde (surtout sur la route principale vers midi, où les restaurants étaient pris d’assaut), mais ce n’est pas sur la rue principale que se trouvent mes souvenirs de Koyasan. Non, ce que je retiens de Koyasan, c’est plutôt la sérénité de la nuit au temple, l’expérience particulière de la prière du matin, la beauté des jardins et bâtiments visités, et l’atmosphère des temples d’Okunoin et de sa forêt de pins… Je pense que c’est clairement une étape que je recommanderais à quelqu’un qui visite le Japon, car justement le côté touristique permet d’avoir pas mal d’infos en anglais, et on découvre plus en profondeur la religion bouddhiste. En tout cas nous avons été vraiment ravis de nous y être arrêtés lors de ce voyage !

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